Sœur Sidonie Wawa (Directrice de l’orphelinat ‘‘Hélas’’ de Bondoukou et Responsable des religieuses de Bondoukou) / « En tant que religieuse, nous considérons le confinement comme une retraite spirituelle ? »

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Le Covid-19 a fait son entrée fracassante sur la scène mondiale. Une crise sanitaire qui a poussé plus d’un pays dont la Côte d’Ivoire à procéder au confinement et à la fermeture des Eglises et des Mosquées. Comment les religieux gèrent cette situation et parviennent à maintenir en équilibre la Foi de leurs fidèles ? Sœur Sidonie Wawa, Directrice de l’orphelinat ‘‘Hélas’’ de Bondoukou et Responsable des religieuses de Bondoukou, s’est prêtée à notre micro pour lever le voile sur ses expériences.

En tant que religieuse, comment gérez-vous la situation de confinement ?

Nous prions beaucoup pour que la situation puisse se débloquer. Pour nous, ce n’est pas un confinement, mais un temps de retraite pour nous les religieux. Ensuite, cette situation sanitaire nous permet de doubler d’efforts dans la prière. Depuis un bon moment, les lieux de cultes sont fermés. Nous n’avons plus le droit de prier avec nos fidèles dans les Eglises. Donc, nous prions seule. Le Seigneur Lui-même, nous dit que là on évoque son nom, Il est présent. Je continue de prier seule au nom du peuple, au nom de tous. Premièrement, cette situation m’a permis d’intensifier mon temps de prière. Deuxièmement, par contre, c’est la désolation. Nous sommes des humains. Nous sommes aussi sensibles. Cette situation que personne n’a voulue, c’est imposée à nous. Toutes les activités étaient arrêtées. Avec la prière, Dieu nous a aidés d’accepter la situation. Pendant la crise postélectorale, les Eglises étaient ouvertes et on priait. A cause de cette maladie du Covid-19, tous les lieux de culte sans exception, sont fermés. C’est du jamais vu. Mais avec la prière, on se dit que tout ce que Dieu fait, est bon.

Est-ce que la fermeture des Mosquées et des Eglises peut favoriser le développement des sectes vicieux ?

Ça dépend ! Comme nous déclarent les responsables de l’éducation nationale, l’école est fermée mais les cahiers sont ouverts. Moi, je dirai plutôt que les lieux de cultes sont fermés. Mais, nous sommes à la maison et nous continuons de prier. Dieu est présent partout. Nous avons choisi de prier à la Mosquée ou à l’Eglise pour fonder une communauté, pour unir nos forces spirituelles contre les forces démoniaques. Les forces du démon ne peuvent pas prendre le dessus sur Dieu. Nous sommes dans nos maisons mais nous prions. Dans la présentation quotidienne de la situation du Covid-19 dans notre pays, quand on annonce les cas de contamination et la mort, on annonce également, les guérisons, la vie.

Face à la menace persistance de la crise sanitaire, comment vous y prenez pour remonter le moral de vos fidèles ?

Etre religieuse ne veut pas dire qu’on n’a pas de chair et de sang. En tant que religieuse, j’ai aussi sentir la peur parce que je n’avais pas compris pourquoi. Même le Christ que nous suivons a eu des moments de détresse. Mais, en toute occasion, on se remet entre les mains de Dieu. C’est pour cela, il ne faut jamais se laisser abattre totalement. On nous dit que lorsqu’il y a un problème, la solution n’est pas loin. Il faut savoir la chercher. Ceux qui viennent vers moi pour avoir des conseils par rapport à la situation. Je leur enseigne que nous sommes certes, faîtes de chair et de sang. Ce nous pousse à céder à la faiblesse. Mais, on ne doit pas laisser la faiblesse nous dominer. Il faut donc se remettre à Dieu pour surmonter cette faiblesse. Je leur fait partager mes expériences qui m’ont fortifiées ma Foi en Dieu. Dans ce moment de confinement, j’ai pèse 66 kilogrammes. J’ai donc pris du poids. C’est un événement que nous subissons, ce moment va passer. Le Christ a connu le mystère douloureux mais aussi le mystère glorieux. Peut-être, que nous traversons les ténèbres pour connaitre la lumière.

A quelle occasion avez-vous appris pour la première fois l’existence du coronavirus et comment avez-vous réagi?

Je suis venu à Abidjan pour participer à une réunion à Cocody-Angré et devait rentrer le 16 mars dernier. La veille de mon départ, je suis une information dans le journal télévisé de 20 heures, indiquant que tous les établissements d’enseignement en Côte d’Ivoire sont fermés. Comme je suis la directrice de l’orphelinat ‘‘Hélas’’ de Bondoukou, j’ai demandé aux enseignants de respecter les mesures barrières. J’ai suivi les émissions à la télévision et à la radio, j’avais pris peur. Ensuite, on annonce que les lieux de culte sont fermés, les activités sont arrêtées et après, c’est l’instauration de l’état d’urgence et du couvre-feu, j’ai commencé à avoir plus peur. Donc au début, j’ai eu peur, mais après j’ai essayé de dominer cette peur par la prière jusqu’au aujourd’hui.

En tant que directrice d’un orphelinat. Comment gérez-vous la situation de confinement ?

Avant la menace du Covid-19, on arrivait à gérer le pensionnat avec les dons des âmes généreux. La situation est devenue difficile à ce jour. S’ils ont des problèmes, comment ils pourront nous venir en aide. Néanmoins, il y a des autorités qui ont entendu nos cris et se sont manifestées. Par exemple, la Mairie et le Conseil régional nous ont offerts des vivres. Ce geste nous a sauvés un peu. Sinon, la première semaine était très dure pour nous. Aujourd’hui, nous avons fait notre champ de manioc, champ de maïs et champ de gombo. Tous les matins lorsque nous finissons la prière, nous allons au jardin avec les enfants pensionnaires. C’est devenu notre passe-temps quotidien. Et le maïs et le manioc ont bien poussés.

Qu’en est-il de la célébration de vos 25 ans de jubilé ?

La situation sanitaire a chamboulé le programme au point où nous ne savons pas si nous pouvons organiser mes 25 ans de jubilé à la date prévue. Tout ce que Dieu fait est bon. Si j’ai la vie sauve, c’est l’essentiel.

Est-ce que vous allez garder les mesures d’hygiène après le déconfinement ?

On se lavait les mains régulièrement. Il faut l’intensifier cette habitude. Je suis peinée de voir que certaines personnes ne suivent pas les mesures barrières alors que c’est une réalité. On dirait même qu’il y a des personnes qui ne croient pas à la pandémie du Covid-19. 

Avez-vous un message aux citoyens ivoiriens ?

Il faut mesurer l’ampleur de la maladie du Covid-19 pour appliquer les mesures sécuritaires. Nous prions pour que nous soyons tous épargnés de cette pandémie meurtrière.

Par KY (nouvelleafrique.org)

 

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