INTERVIEW / Frère René Agnéro Loes, Jubilaire, 30ans de sacerdoce (26 novembre 1989-Novembre 2019) « Il faut savoir(…) donner sens à notre vie au service des autres »

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En mission dans le diocèse de Toulouse depuis 1995, le Frère René Agnéro Loes a choisi le bercail pour célébrer ses 30 ans de sacerdoces avec ses proches parents, connaissances et amis en Christ. A l’occasion, il s’est prêté à notre micro pour nous confier ses expériences vécues dans le cadre de sa formation, mission et aventure religieuse.

Sous quel signe placez-vous la célébration de vos 30 ans de sacerdoce ?

Je voudrais dire à ce sujet que tout est grâce par la volonté de Dieu. C’est donc sous le signe de la reconnaissance de la grâce de Dieu sur son serviteur que je suis.

 

Pourquoi la célébration de 30 ans de sacerdoce ?

C’est un grand événement. Humainement parlant, si vous avez un petit fils qui a eu 30 ans, vous êtes heureux pour lui. A la messe d’aujourd’hui, j’ai eu mes petits fils et filles que j’ai vu baptiser et dont j’ai aussi béni leurs mariages. Ils étaient à mes côtés pour célébrer mes 30 ans au service de Dieu. Je dis merci à Dieu qui m’a permis d’être son humble serviteur durant trois décennies. Je voudrais donc réitérer mes remerciements au Créateur.

 

Que pouvons-nous retenir de votre cursus ?

J’ai fait un collège et lycée normal. Après le BAC au Lycée Technique d’Abidjan, je suis rentré au grand séminaire d’Anyama au compte des franciscains (OFM de la province de Rennes). Au terme de ma formation, j’ai été ordonné ici à l’Eglise qui nous accueille ce jour. J’ai servi comme vicaire, ensuite curé de cette paroisse. Je suis allé en mission à Toulouse dans le cadre de la coopération missionnaire.

 

Qu’est-ce qui a motivé votre départ à Toulouse ?

Je n’ai pas choisi d’aller à Toulouse. Dans le cadre de notre formation, on nous préparait à être des frères de la pastorale missionnaire internationale. Il y avait un projet dit ‘‘projet Afrique’’ dans les provinces de la France dont nous sommes issus. Nous avons été préparés pour le projet Afrique décidé par des provinces et la curie générale OFM à Rome. Normalement si c’était respecté, je devrais aller dans un pays anglophone et non en France. Car, nos supérieurs nous ont envoyé à l’institut de langue au Ghana pour six mois de cours intensifs d’anglais. Le projet Afrique devrais regrouper le Kenya, la Nairobie, l’Afrique du Sud et le Ghana. A Cope Coast où il y avait les frères franciscains, nous y sommes restés pour prendre les cours. Ensuite, on m’a demandé d’aller au couvent des frères étudiants à Anyama Ebimpé pour prendre en charge les frères, et me reposer pendant un an et puis, j’irai suivre un autre programme. Après, le provincial me dit que je n’irai pas dans un pays anglophone, mais plutôt à Toulouse où il y avait aussi une communauté de frères franciscains. Je connaissais seulement ceux de Paris et de Rennes. J’ai accepté et une fois arrivé là-bas, je me suis investi dans la pastorale et auprès des communautés chrétiennes africaines dont je suis le fondateur d’une coordination de communauté chrétienne africaine à Toulouse. Les fidèles africains de là-bas n’étaient pas organisés. J’ai donc proposé qu’on créée une coordination de communauté africaine de Toulouse reconnue par le diocèse de Toulouse. Nous avons un aumônier nommé par l’évêque et j’en suis fier. Compte tenu des nouvelles structures en France, il y a beaucoup de paroisses qui sont regroupées qu’on appelle ensemble paroissial et doyenné, puis un curé nommé par l’évêque et nous avons choisi un doyen par consensus. Je suis responsable d’un secteur de paroisses là-bas. Voilà comment fonctionne le système pastoral de France. Au niveau du secteur, je suis donc responsable des paroisses ‘‘Saint Barthélemy de Plaisance du Touch’’ et ‘‘Saint Gilles De la Salvetat’’.

 

En dehors de celles que vous avez citées, y a-t-il d’autres initiatives à votre actif ?

Je suis le premier à initier une vigile de fin d’année des communautés africaines de Toulouse qui commence du 31 décembre au 1er janvier. Cette vigile se déroule avec une célébration de style charismatique, de louange, de conversion, de bénédictions et messe. Cette initiative continue jusqu’aujourd’hui. C’est la grâce de Dieu. Ensuite, dans les paroisses où je suis, j’essaie de donner le meilleur de moi-même au niveau pastoral. Quand j’étais sur la paroisse de Salies du Salat, le frère BOLI Narcisse Aimé, de passage, est venu me voir et il y a passé la nuit. Nous avons été ensemble à Lourdes.

 

Dans l’exercice de votre mission, quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontées ?

Déjà en Côte d’Ivoire, j’étais habitué à collaborer avec des coreligionnaires d’autres nationalités notamment des pères polonais, des yougoslaves, et ceux de la Croatie. Au couvent d’Ebimpé chez nous, j’ai eu des pères français, italiens, américains, togolais, béninois, burkinabés, belges, etc. Depuis lors, j’ai eu à collaborer avec des coreligionnaires d’autres nationalités. Donc, aller en mission en France pour collaborer avec des frères qui sont de cultures différentes que moi, ne m’a pas inquiété. Par contre, je me suis dit que si « le climat et la nourriture ne me sont pas favorables à ma santé, je reviens. Pourtant, j’ai pu résister aux quatre saisons pendant 3 ans. J’ai pensé aussi que des hommes et des femmes sont les mêmes partout. Il y a un principe qui me guide. Celui de savoir que Dieu est omniprésent. Et je trouverai des gens avec leurs habitudes ». Je regarde et j’observe pour comprendre comment je peux gagner leur sympathie et leur confiance. On ne va pas là-bas pour conquérir les gens, pour les dominer mais pour plutôt servir. En un mot, je dirai que deux principes m’animent tous les jours. « Savoir fleurir là où on est, et donner sens à notre vie au service des autres ».

 

Quelles sont vos perspectives pour l’avenir de votre communauté ?

Je suis en mission dans le diocèse de Toulouse. C’est-à-dire que je n’appartiens plus institutionnellement aux franciscains, au niveau congrégation, je n’appartiens plus aux franciscains. Tous mes objectifs doivent être coordonnés avec l’évêque de Toulouse. C’est à 75 ans qu’on va à la retraite au niveau de l’Eglise. Quand j’aurai 75 ans, je vais réfléchir à une perspective éventuelle.

 

Est-ce que vous vous êtes déjà impliqué dans l’élan du dialogue interreligieux ?

En Côte d’Ivoire, à l’époque quand j’étais avec des frères franciscains, il y avait l’un des frères, Jean Gwénolé Jeusset leur qui était chargé des relations islamo-chrétiennes. Dans ma formation initiale, je l’ai accompagné un peu partout. Nous avons rendu visite à un vieux sage musulman du nom de Baba Sako à Treichville. Il nous disait souvent que : « Si vous prétendez que l’Islam est la meilleure religion que les autres, vous vous trompez ». J’ai côtoyé ce vieux, je l’ai connu. Le frère Gwénolé Jeusset a même écrit un livre avec lui. Par la même occasion, j’ai rencontré le premier imam de la mosquée de la Riviera Golf, El Hadj Tidiane BA. Dans cet élan du dialogue interreligieux, lorsque le Pape Jean Paul II a initié la rencontre des grandes religions à Assise, Gwénolé et la conférence des évêques catholique de Côte d’Ivoire ont demandé que El Hadj Tidiane BA parte à Assise pour représenter la religion musulmane de notre pays.

Ce n’est pas étonnant qu’un Pape argentin de formation jésuite accepte le nom « François ». C’est pour dire que même si on est intelligent sans l’humilité, il faut savoir que cela ne correspond pas à la profondeur de la Foi chrétienne que l’Eglise a révélé.

En France, la question est plus délicate. Car, les idéaux politiques font qu’il y a trop d’amalgame. Il n’y a pas un réel courage des politiques françaises à dire les choses sans les mélanger. Ils ont favorisé à des fins politiques, des gens qu’ils ont regroupés dans des quartiers pour avoir des voix. Aujourd’hui, ils se sont rendu compte que ce sont de ghettos explosifs. Les « zones de non droit » où la présence des forces de l’ordre est souvent menacée. C’est une situation que nous essayons d’apaiser là-bas.

 

Avez-vous un message pour la consolidation de la paix en Côte d’Ivoire ?

Nous prions pour qu’il y ait la paix. On ne va pas refaire le monde. Il y a eu des erreurs monstres de nos hommes politiques et les populations sont prises à la gorge. Si au départ, ils n’avaient pas privilégié leurs intérêts politiques, on n’allait pas connaître cette situation. Ils n’ont pas voulu dire la vérité. Aujourd’hui, ils se rendent compte qu’ils ont fait des erreurs. Or, en politique une petite erreur peut s’avérer très grave. Nous devrons tout faire pour que la cohésion sociale revienne.

 

Dans le diocèse de Toulouse, comment la situation politique de la Côte d’Ivoire est vécue en France ?

Les gens sont plus préoccupés par la situation fragile de la République Démocratique du Congo par rapport à la Côte d’Ivoire où tout est plus apaisé en faveur de la paix. Le vicaire général de Toulouse est venu dans notre pays sous invitation des sœurs. Ensuite, l’évêque actuel de Toulouse est venu aussi en Côte d’Ivoire à l’invitation des sœurs Notre dame de la paix. A l’occasion, il a même fêté son jubilé épiscopal ici à Abidjan. Donc, ils connaissent un peu la situation de notre pays. Nombreux sont nos confrères prêtres étrangers qui nous encouragent à rester forts dans nos missions.

Par Koulibaly Y.

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